Rédigé par : Philippe Vallat, chef de projet
Le projet « Mont Aubert, notre territoire en santé (MANTSA) » incarne une vision : celle d’une santé coconstruite, ancrée dans les réalités locales.
Grâce à la gouvernance partagée, à la participation citoyenne et à l’innovation interprofessionnelle, ce projet souhaite expérimenter une approche où chaque acteur·rice devient partie prenante de la santé collective – un modèle vivant, solidaire et durable.
« Entre élan et brume » est un slogan qui reflète bien ce projet novateur. Il a commencé son ascension en automne 2025, avec une belle cordée et le rêve de nouveaux sommets, soutenu par un sponsor qui finance cette nouvelle aventure. Celle-ci nécessitera de grimper parfois à vue des parois escarpées, dans une météo capricieuse.

Ce projet est soutenu par la

Lire l’éclairage, réalisé par Cécile Fasel, dans le cadre du rapport annuel de la fondation Leenaards
L’innovation : un besoin plus qu’un désir
L’innovation en santé publique, c’est maintenant. Depuis plusieurs décennies, celle-ci est caractérisée par des logiques d’efficience, de standardisation, de centralisation : la santé publique s’est éloignée des communes pour se concentrer auprès des cantons, de la Confédération, voire même des instances internationales. Les soins sont régentés par des logiques d’abord économiques et des procédures techniques. Quant à la prévention et à la promotion de la santé, ce sont les laissés pour compte du système, la salutogenèse ressemblant plus à une feuille de vigne plutôt que d’être réellement au cœur des politiques publiques. Si ces logiques faisaient du système de santé suisse l’un des meilleurs du monde, celui-ci se heurte à de nouvelles réalités : pénuries de personnel, de médicaments, augmentation des coûts, frustration des professionnels, péjoration de la santé mentale de la population. Si d’aucuns parlent d’effondrement du système, pour le moins on peut prétendre avec un certain aplomb que cela ne peut pas continuer ainsi. Il y a donc nécessité de faire autrement. Mais comment ?
Vers la résilience
Le projet s’est donné l’ambition suivante : il « s’inscrit dans la dynamique de transformation du système de santé, avec l’ambition de faire émerger une réponse collective, ancrée localement, aux besoins de sa population. Dans ce contexte, il souhaite développer une approche territoriale intégrée et mettre en oeuvre l’exercice de la responsabilité populationnelle en associant les différentes parties prenantes (acteur·rices du système socio-sanitaire, les communes, les personnes atteintes dans leur santé et la population). »
Ce qui sous-tend cette ambition sont les principes de la résilience, cette capacité à encaisser des perturbations tout en maintenant, puis rétablissant des prestations, à un niveau de qualité acceptable. Ses principes systémiques sont notamment les suivants :
- Proximité, décentralisation et modularité : renforcement des structures de premier recours, de santé communautaire et des réseaux locaux capables d’agir et de décider à leur échelle
- Diversité et redondance : diversité des offres, des acteur·rices et des canaux, et certaines redondances critiques
- Ouverture et apprentissage : systèmes de surveillance avec indicateurs partagés, retours d’expérience systématiques, ajustement des politiques et projets en fonction des résultats observés
- Capacité d’anticipation et d’adaptation : préparation aux risques mais aussi capacité d’adapter rapidement l’offre
- Ancrage local et gouvernance légitime : gouvernance multi‑niveau avec une place réelle pour les acteurs locaux, les collectivités et les usager·ères
Certains de ces éléments se retrouvent déjà dans les projets et prestations du RSNB. Le projet MANTSA apporte une nouvelle dimension expérimentale : la gouvernance partagée sur le territoire de six communes.
Gouvernance partagée
La gouvernance partagée regroupe plusieurs modes de structuration des prises de décisions et de leur mise en œuvre dans un collectif, visant à réduire ou à supprimer la concentration des pouvoirs entre les mains d’un petit nombre de personnes, pour les répartir parmi celles qui réalisent le travail. Il s’agit d’un mode de gouvernance reposant sur la volonté de privilégier les relations de coopération et de développer l’autonomie des acteur·rices.
Cette gouvernance partagée est, pour pratiquement tous les acteur·rices, entièrement nouvelle : elle va se mettre en place petit-à-petit autour des questions « comment nous organiser pour travailler ensemble, décider ensemble, réaliser ensemble, organiser ensemble ». Cette mise en place suivra une courbe d’apprentissage qui sera faite d’expériences pratiques, de dialogues, de réflexions communes.
Les atouts
Comme le disait Lao-Tseu : « Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas ». Nous ne l’avons toutefois pas entrepris à la légère :
- Des initiatives locales existent déjà dans la région, telles que la transformation du Cabinet médical de Concise en maison de santé, des groupes de marche, une riche vie associative, des colloques inter-métiers, etc
- Dans le cadre de sa démarche « Vers une santé partagée », la Fondation Leenaards dote le projet d’un important financement initial (qu’elle en soit ici vivement remerciée)
- Plusieurs acteur·rices sont motivé·es et engagé·es pour entreprendre des changements
- Cette démarche s’inscrit dans une culture et une volonté régionale de mettre l’accent sur la promotion de la santé et la prévention, le partenariat en santé et la responsabilité populationnelle
Les défis
Le défi principal est lié à la nouveauté et au changement. La particularité de l’innovation est qu’il n’est pas possible de savoir à l’avance avec certitude, si cela « va marcher » : les acteur·rices sont invité·es à explorer ces nouveautés, ces incertitudes, à oser essayer et prendre des risques, ce qui forcément les sortira de leur zone de confort, de leurs habitudes, dans un monde qui devient chaque jour un peu plus complexe.
Un autre défi qui nous attend est la question du financement à moyen-long terme, la pérennisation de ce qui aura été mis en place, voire la diffusion des expériences à d’autres territoires.
Prochaines étapes
L’orientation prise, l’équipe s’est encordée et a pris le chemin de crête du pas qui permet d’aller loin. En 2026, il s’agira de mettre en place l’évaluation du projet et d’établir de manière participative l’état des lieux avec la population. En 2027, des projets et actions concrètes, en plus de ce qui se fait déjà. Et bien sûr, le projet veillera à une communication transparente qui permettra aux observateur·rices intéressé·es de suivre nos aventures !
